« Martyre de l'A10 » : 39 ans après, les parents d'Inass face aux assises à Blois
Le procès d'Halima El Bakhti et d'Ahmed Touloub, parents de la fillette retrouvée morte au bord de l'autoroute A10 en 1987, s'est ouvert ce lundi devant la cour d'assises du Loir-et-Cher. Tous deux contestent leur responsabilité dans la mort de l'enfant.

Près de quatre décennies d'attente, et enfin une salle d'audience. Ce lundi 2 novembre, la cour d'assises du Loir-et-Cher, à Blois, a ouvert le procès des parents d'Inass Touloub, la fillette de 4 ans connue pendant trente ans sous le seul surnom de « petite martyre de l'A10 ».
Sur le banc des accusés, deux ex-époux aujourd'hui septuagénaires. Halima El Bakhti, 72 ans, est poursuivie pour actes de torture et de barbarie ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Ahmed Touloub, 74 ans, comparaît pour complicité de ces faits. Tous deux encourent la réclusion criminelle à perpétuité. Ils sont présumés innocents et comparaissent libres, sous contrôle judiciaire.
Une matinée sous haute tension
Le premier jour a été marqué par des incidents. L'avocat de la mère, Me Camille Radot, a affirmé que sa cliente et lui avaient été suivis, insultés et menacés par un groupe de personnes aux abords du tribunal, au point que la police a dû s'interposer et évacuer l'accusée en véhicule.
Il y a une justice, c'est là qu'elle s'exerce, pas devant le tribunal.
— Me Camille Radot, avocat d'Halima El Bakhti
L'avocat général Stéphane Javet a annoncé l'ouverture d'une enquête pénale sur ces faits, rappelant que les accusés avaient droit à un procès équitable. Six hommes et quatre femmes ont été tirés au sort pour composer le jury.
La cour a par ailleurs jugé irrecevable la demande de la commune de Suèvres, qui voulait se constituer partie civile. Le village avait inhumé l'enfant en 1987 et entretient sa tombe depuis. Les frères et sœurs d'Inass, eux-mêmes parties civiles, s'y étaient fermement opposés.
Trente ans sans nom
Le 11 août 1987, le corps d'une petite fille enveloppée dans une couverture est découvert derrière les glissières de l'A10, à Suèvres, dans le sens Paris-province. Il porte de multiples brûlures, morsures et plaies. Personne ne réclame l'enfant.
Les enquêtes successives se soldent par un non-lieu en 1991, puis par une nouvelle clôture en 1997. Les gendarmes de la section de recherches d'Orléans relancent les analyses ADN à partir de 2006. Le déclic survient en 2017 : le profil génétique d'un homme condamné dans le nord de la France correspond à une trace prélevée sur la couverture. C'est le frère de la victime. Les parents sont interpellés en juin 2018.
Deux versions qui s'opposent
Selon le rapport lu par la présidente, la mère reconnaît des violences sur sa fille, sans pouvoir les préciser, mais nie lui avoir infligé brûlures ou morsures et conteste lui avoir donné la mort. Elle soutient que l'enfant est décédée dans la voiture, sur la route des vacances vers le Maroc. Le père affirme avoir découvert sa fille sans vie en rentrant chez lui et dit avoir ignoré les sévices. Depuis leur arrestation, les ex-époux se renvoient mutuellement la responsabilité.
L'aînée des enfants, âgée de 9 ans à l'époque, a décrit aux enquêteurs une mère sujette à des crises de violence.
Et maintenant
Les débats doivent durer une douzaine de jours. L'ancien procureur de Blois Frédéric Chevallier, en poste lors de l'identification de la fillette, attend de ce procès des éclaircissements.
Il va falloir que les réponses soient apportées.
— Frédéric Chevallier, sur ICI Orléans
Le verdict est attendu à l'issue de ces débats, dans lesquels les six frères et sœurs d'Inass sont parties civiles.
