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Nuñez refuse de lâcher grenades et lacrymogènes, premier témoin de la commission du 17 octobre

Interpellé lundi soir par les députés sur les blessures de lycéens, Laurent Nuñez a prévenu qu'il ne renoncerait à « aucun moyen intermédiaire ». Ce mardi, le ministre de l'Intérieur est le premier auditionné par la commission d'enquête sur la journée de chaos du 17 octobre.

Portrait de Laurent Nuñez, ministre de l'Intérieur
Photo : Arthur Empereur / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

Pas de recul. Face aux députés de la commission des lois, lundi 2 novembre en fin de journée, Laurent Nuñez a fermé la porte à toute renonciation aux grenades et au gaz lacrymogène, malgré les graves blessures subies par des lycéens pendant la mobilisation de ces dernières semaines.

Je ne renoncerai à aucun moyen intermédiaire pour la bonne et simple raison que les policiers ont besoin de se défendre quand ils sont pris à partie.

— Laurent Nuñez, ministre de l'Intérieur

Le ministre était venu défendre les crédits de son ministère dans le budget 2027, en hausse de 3,5 %. La mission « Sécurités » (police, gendarmerie, sécurité civile, sécurité routière) doit recevoir 18,2 milliards d'euros hors pensions, avec environ 1 400 emplois supplémentaires, selon LCP. Mais l'audition a vite glissé vers le maintien de l'ordre.

« La répression, elle n'existe pas »

La députée insoumise Gabrielle Cathala a dénoncé une forme de « répression » policière. Réponse sèche du ministre : « La répression, elle n'existe pas (...). Nous, on est là pour éviter les troubles à l'ordre public. » Laurent Nuñez assure n'intervenir que face aux violences, visant ceux qui, selon ses mots, « pètent les vitrines et s'en prennent aux forces de l'ordre et balancent des cocktails Molotov ».

Interrogé sur des troubles menstruels signalés par des manifestantes après avoir été exposées aux gaz, il a affirmé n'avoir « pas connaissance du caractère nocif du gaz lacrymogène », citant des études menées en 2021-2022. Conclusion du ministre : « Je ne suspendrai pas par principe de précaution l'utilisation du gaz lacrymogène. »

La position tranche avec le geste fait début octobre. Le 7 octobre, après qu'un lycéen de 15 ans a eu une main arrachée à Lens, Laurent Nuñez avait suspendu l'usage des grenades assourdissantes, uniquement dans le cadre du mouvement lycéen, le temps de faire la lumière sur ce drame. Il évoquait alors 18 enquêtes de l'IGPN ouvertes.

Autre annonce glissée lors de l'audition : des « discussions techniques » sont engagées avec les autorités talibanes pour pouvoir renvoyer des Afghans en situation irrégulière, comme le fait l'Allemagne. La députée écologiste Léa Balage El Mariky y a vu un « début de normalisation des relations diplomatiques » avec le régime de Kaboul.

Premier témoin de la commission d'enquête

Ce mardi, Laurent Nuñez retrouve les députés, cette fois comme premier auditionné de la commission d'enquête parlementaire sur la journée du 17 octobre, marquée par des dégradations, des violences et des pillages d'une intensité inédite. La commission a été lancée par la présidente de l'Assemblée au lendemain des événements.

Son président, le député Ensemble pour la République Vincent Caure, promet de passer au crible les « angles morts » de l'anticipation, l'échec du renseignement territorial et les consignes d'engagement des forces de l'ordre. Sa ligne, résumée auprès du Parisien et reprise par BFMTV : « pas de tabou, mais pas de cirque ».

La commission démarre dans la tension. Le Rassemblement national, qui n'a obtenu aucun poste de rapporteur, boycotte les travaux, et la députée Horizons Agnès Firmin Le Bodo a quitté son poste de corapporteure le 30 octobre en dénonçant la répartition des fonctions.

La suite

Dès mercredi, la commission entendra des représentants de commerçants victimes de pillages à Paris, Lyon, Marseille et Bordeaux. Des maires de villes touchées, comme Limoges, et des préfets pourraient suivre. Les travaux pourraient s'étendre jusqu'à la fin de la session parlementaire, prévue en février en raison de la présidentielle.

#Laurent Nuñez#Maintien de l'ordre#Assemblée nationale#Mobilisation lycéenne#17 octobre