Procès du triple assassinat de Marseille : face aux mères, un accusé désigne le tireur
Devant la cour d'assises des Bouches-du-Rhône, à Aix-en-Provence, le témoignage des mères de trois jeunes tués fin 2020, dont le frère du militant Amine Kessaci, a fait vaciller le box lundi. Un accusé a mis en cause deux coaccusés, qui contestent les faits.

Après plus de deux semaines de dénégations, le box a craqué. Lundi 2 novembre, devant la cour d'assises des Bouches-du-Rhône à Aix-en-Provence, les mères de trois jeunes hommes tués dans un guet-apens en décembre 2020, sur fond de guerre entre trafiquants de drogue à Marseille, sont venues raconter leur deuil. Leur récit a provoqué des scènes inédites depuis l'ouverture du procès : accusés tête baissée, larmes, excuses adressées « à toutes les mamans ».
Cinq hommes comparaissent pour ce triple assassinat : Amine Oualane, Karim Harrat, Nadjim Ahamada Mbae, Ahmed Zakaria Bensaci et Malik Kariba. Ils sont présumés innocents tant qu'ils n'ont pas été jugés.
« J'ai deux morts »
Parmi les victimes figure Brahim Chabane, le frère aîné d'Amine Kessaci, militant contre le narcotrafic devenu adjoint au maire de Marseille. Sa mère, Ouassila Benhmadi-Kessaci, a perdu un second fils depuis : Mehdi, son cadet de 20 ans, assassiné en novembre 2025 alors qu'il était étranger au trafic. À la barre, elle a lancé : « J'ai deux morts : Mehdi, Brahim ! »
Elle a décrit ses sorties nocturnes pour tenter d'empêcher son aîné de basculer dans le deal, et une douleur qui ne la quitte plus. Évoquant son plus jeune fils, elle a refusé tout pardon : « Je ne peux pas pardonner, ils ont tué un innocent qui a passé son bac, qui voulait être gardien la paix. » Elle préside aujourd'hui l'association Conscience. Les mères des deux autres victimes, dont celle de Réda Khaldi, ont elles aussi témoigné de leur détresse.
Son avocat, Pierre-Olivier Sur, a résumé ainsi l'audience, selon franceinfo : « Les accusés n'ont pas pu résister à cette déferlante d'émotion. »
Un accusé met en cause deux coaccusés
C'est alors que Zakaria Bensaci a rompu le silence. Selon 20 Minutes, il a désigné à l'audience Amine Oualane comme le tireur et Karim Harrat comme le commanditaire. D'après les enquêteurs, Amine Oualane est devenu l'un des cadres de la DZ Mafia ; Karim Harrat est présenté comme une figure du narcobanditisme marseillais. Tous deux contestent toute implication dans l'embuscade.
Autre moment saisissant : Malik Kariba s'est levé pour reconnaître avoir découpé un corps. « On m'a obligé, j'avais peur », a-t-il déclaré, selon franceinfo. Le père d'une victime l'a alors interpellé depuis la salle, exigeant qu'il dise qui lui en avait donné l'ordre. Le président de la cour a suspendu l'audience.
La suite du procès
Ces déclarations devront être confrontées aux autres éléments du dossier. Les accusés doivent être interrogés un par un à partir de ce mardi. Le verdict, initialement attendu le 6 novembre, pourrait être repoussé au 13 novembre, compte tenu de la durée des débats, selon 20 Minutes.
