Prix Goncourt 2026 : Philippe Jaenada sacré pour « L'inconnue du quai de Javel »
L'écrivain de 62 ans remporte le Goncourt par six voix contre trois face à Sylvain Prudhomme, ce mardi chez Drouant. Dans la foulée, le Renaudot couronne François-Henri Désérable pour « Le Palais ».

C'est fait. Philippe Jaenada est le lauréat du prix Goncourt 2026. L'Académie Goncourt l'a désigné ce mardi 3 novembre, peu avant 13 heures, au restaurant Drouant, à Paris, pour L'inconnue du quai de Javel (Flammarion). Selon Livres Hebdo, il s'impose par six voix contre trois face à Sylvain Prudhomme (De l'autre côté du lac, Minuit).
Les deux autres finalistes, Yannick Haenel (La solitude des professeurs est infinie) et Clémentine Mélois (Choses que je croyais perdues, L'Arbalète/Gallimard), repartent bredouilles. Jaenada succède à Laurent Mauvignier, couronné en 2025 pour La Maison vide.
Un cold case de 1949
Le livre, paru le 12 août et long de 528 pages, rouvre une affaire criminelle oubliée. Le 6 septembre 1949, une jeune femme est retrouvée morte au bord de la Seine, quai de Javel. Elle est identifiée comme Louise Cansot, 29 ans, modèle réputée de Montparnasse. Quatre suspects émergent, mais le dossier est classé sans coupable.
Plus de soixante-dix ans après, l'auteur reprend l'enquête à partir des archives judiciaires et de la presse de l'époque, en s'inspirant des Maigret de Simenon, et avance sa propre hypothèse sur l'identité du meurtrier. Fidèle à sa manière, il mêle investigation, récit historique et longues digressions personnelles. Le roman s'était déjà vendu à près de 60 000 exemplaires avant le prix, d'après Livres Hebdo.
Le spécialiste du fait divers
Né en 1964 à Saint-Germain-en-Laye, Philippe Jaenada avait reçu le prix de Flore en 1997 pour son premier roman, Le Chameau sauvage. Il s'est ensuite imposé comme l'enquêteur des grandes affaires criminelles françaises : Sulak (2013), sur le braqueur Bruno Sulak, La Petite Femelle (2015), sur Pauline Dubuisson, puis La Serpe (2017), consacré au triple meurtre du château d'Escoire, qui lui a valu le prix Femina. Il avait déjà figuré dans la sélection du Goncourt en 2024 avec La Désinvolture est une bien belle chose. L'inconnue du quai de Javel marque son arrivée chez Flammarion.
Une édition sous tension
Le jury, présidé par Philippe Claudel, ne siégeait qu'à neuf membres cette année, après la mort de Didier Decoin le 5 août. La saison avait été secouée par le retrait, le 25 septembre, du roman de Thélyson Orélien, que l'Académie estimait, selon ActuaLitté, très probablement produit en grande partie par une intelligence artificielle — ce que l'auteur conteste. Les huit titres de la deuxième sélection avaient ensuite été passés au détecteur d'IA.
Le chèque reste symbolique — 10 euros —, mais l'effet en librairie est massif : le livre de Laurent Mauvignier approche les 570 000 exemplaires, selon les chiffres Edistat cités par ActuaLitté.
Le Renaudot à Désérable
Quelques minutes plus tard, dans le même restaurant, le jury Renaudot, qui fête son centenaire, a couronné François-Henri Désérable pour Le Palais (Gallimard), par six voix contre quatre face à David Djaïz (La méthode, Stock). Le roman suit Arun Kumar, un faussaire fortuné qui écoule de faux grands crus auprès de collectionneurs. Il dépasse déjà les 50 000 exemplaires vendus. Né à Amiens en 1987, l'auteur avait reçu le Grand Prix du roman de l'Académie française en 2021.
Le Renaudot de l'essai est attribué ex aequo à Jean-Paul Enthoven (Dictionnaire amoureux du bonheur) et Christophe Ono-dit-Biot (L'Odyssée de l'Odyssée, Grasset). Le choix d'Enthoven intervient après les accusations d'emprunts formulées par le philosophe Frédéric Schiffter, relayées par ActuaLitté.
Prochaine étape de la saison : le Goncourt des lycéens, attendu le 26 novembre à Rennes.
