Lycées et facs bloqués : bataille de chiffres pour le « mardi noir » avant la grève de jeudi
Les organisations de jeunesse ont appelé ce mardi à de nouveaux blocages massifs des lycées et des universités. Le gouvernement recense 48 lycées bloqués et 51 établissements du supérieur perturbés, les syndicats lycéens en revendiquent dix fois plus. Objectif affiché : préparer la mobilisation interprofessionnelle de jeudi.

Poubelles empilées devant les grilles, cortèges sous haute surveillance : la jeunesse mobilisée contre la vie chère a tenu son « mardi noir » ce 3 novembre. Au lendemain de la rentrée des vacances de la Toussaint, les organisations lycéennes et étudiantes, qui jugent insuffisantes les annonces du gouvernement, ont appelé à des blocages massifs des lycées et des facs.
48 lycées selon le ministère, plus de 500 selon l'USL
Comme à chaque journée, les chiffres divergent fortement. Le ministère de l'Éducation nationale a recensé 48 lycées bloqués à 9h30, contre 41 la veille, soit à peine plus de 1 % des quelque 3 700 lycées du pays. L'Union syndicale lycéenne parle d'un « chiffre absurde » et affirme que plus de 500 établissements sont touchés par un blocage total ou filtrant.
Dans le supérieur, le ministère compte 51 établissements perturbés sur 184, soit moins d'un tiers. L'Union étudiante évoque, elle, une université sur deux perturbée.
Sur le terrain, la mobilisation a pris des formes variées. À Rennes, les forces de l'ordre ont dispersé plus d'une centaine de lycéens pour débloquer un établissement, selon BFMTV. À Marseille, des élèves sont passés à un blocage filtrant pour éviter une intervention. À Paris, la fac d'Assas et le lycée Louis-le-Grand étaient concernés dans la matinée ; à Toulouse, un lycée était bloqué par des barricades, et à Lille, le campus Pont-de-Bois était bloqué selon La Voix du Nord. À Lyon, une manifestation étudiante autorisée par la préfecture devait s'élancer à 10h de la place Jean-Jaurès.
À Paris, le parcours vers le Medef interdit
Dans la capitale, la préfecture de police a interdit le parcours prévu par l'Interfac Île-de-France, du Panthéon jusqu'au siège du Medef, le jugeant « incompatible avec les contraintes de sécurité en vigueur ». Le tribunal administratif a rejeté mardi le recours du collectif. Le trajet imposé relie la porte de Charenton à la porte de Montreuil. La préfecture attendait entre 15 000 et 30 000 manifestants.
Interpellations et enquêtes
Le mouvement reste émaillé d'incidents. À Nantes, trois personnes, des lycéens selon BFM cité par 20 Minutes, ont été interpellées mardi matin dans l'enquête sur l'incendie qui a ravagé le 1er octobre le hall du lycée Nelson-Mandela, fermé depuis. La réfection est estimée à près de 4 millions d'euros par la région ; une reprise partielle des cours est prévue le 16 novembre.
À Montpellier, une infirmière scolaire interpellée violemment devant un lycée bloqué a été placée brièvement en garde à vue pour outrage, puis relâchée sans poursuites. À Marseille, l'IGPN a été saisie après la plainte d'un homme de 39 ans qui dit avoir perdu sept dents et s'être cassé le nez en marge d'une manifestation.
Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a fait état sur BFMTV-RMC de 4 914 gardes à vue et 329 incarcérations depuis le début des manifestations, le 17 octobre.
Cap sur jeudi
Pour les organisations étudiantes, cette journée n'est qu'un « bon échauffement ». Lycéens et étudiants comptent rejoindre jeudi la journée de grève et de manifestations interprofessionnelle sur le pouvoir d'achat, qui doit réunir salariés du privé, fonctionnaires et retraités. Le Premier ministre Sébastien Lecornu s'est dit prêt à recevoir de nouveau les lycéens la semaine prochaine.
